
Ouagadougou ,17 Mai 2026 (Cercleinfo.net)
Dans un entretien accordé à cercleinfo.net , Nestor YAMEOGO, plus connu sous le sobriquet de “Legrand”, est revenu avec émotion sur son vécu durant la Révolution d’août 1983 au Burkina Faso. Originaire de la province du Namentenga, dont le chef-lieu est Boulsa, il est né au secteur 2 de la ville et fait partie de cette génération de jeunes pionniers qui ont grandi dans l’effervescence révolutionnaire sous le leadership du capitaine Thomas Sankara.
Au cours de cet entretien réalisé par Issaka DIALLO, Nestor YAMEOGO raconte que la période allant de 1983 à 1987 reste pour lui « un bon et mauvais souvenir ». Un souvenir heureux, dit-il, parce que le mouvement pionnier avait contribué à cultiver en nous l’amour du prochain,du travail bien fait et de l’intégrité,de l’amour de la patrie à travers le respect du drapeau et des armoiries.Toutefois des notions de civisme nous avaient été enseignées par les SOFA pour l’éveil des consciences.
« Arborant notre uniforme kaki et le béret jaune, bâton à la main,nous étions devenus des élèves disciplinés ayant le sens de l’amour et du sacrifice pour la nation », confie-t-il.
À l’époque, Boulsa ne comptait qu’un (01) collège (CEG) et trois (03) écoles primaires notamment l’école Boulsa Application, Boulsa B et l’école évangélique. Dans chacune de ces écoles existait un mouvement pionnier encadré par les SOFA. A côté nous avions des CDR et des militaires qui nous initiaient les rudiments militaires.
Selon lui, les pionniers participaient activement aux travaux d’intérêt commun. Les jeudis, jours sans classe, les élèves étaient mobilisés pour le ramassage du sable et du gravier pour la construction de l’inspection primaire, le commissariat de police,de la salle de Ciné et de la cité du secteur 6.
« Les habitants des six(6) secteurs s’organisaient à tour de rôle sous la supervision des CDR pour la réalisation des infrastructures. C’était du bénévolat à l’instar de Faso Meebo actuel.Mais chacun participait avec fierté », se souvient-il.
Il évoque également les actions de développement comme la mise en place de jardins potagers dans chaque secteur, la vaccination commando, l’opération mana mana, Bantaare, huit mille (8000)villages (8000) forêts par des campagnes de reboisement .il y’avait une forte sensibilisation sur les trois (03) luttes à savoir la lutte contre les feux de brousse, la lutte contre la divagation des animaux et celle contre la coupe abusive du bois.Une campagne de conscientisation des masses populaires sur nos habitudes alimentaires et vestimentaires était mise en branle à travers le slogan du Président SANKARA.”Produisons et consommons burkinabè”Moi j’ai toujours ma cotonnade ( Ganga)que je porte.Par ailleurs des activités culturelles et sportives, des chants révolutionnaires entonnés en chœur dans l’ambiance de solidarité et de patriotisme résonnaient à travers les artères des villes et campagnes pour dénoncer l’impérialisme et ses valets locaux .
Je signale au passage que la date du 3 mai de chaque année était proclamée ” journée nationale du pionnier” et au NAMENTENGA elle était célébrée de façon tournante dans les chefs lieux de départements.Mais ce souvenir heureux est brusquement assombri par les événements du 15 octobre 1987. Nestor YAMEOGO raconte avec émotion cette journée où, alors qu’il partait au champ pour récolter des arachides, la fanfare nationale diffusée à la radio avait attiré l’attention de son père.
« Quand cette musique passait à la radio, cela annonçait souvent un coup d’État », explique-t-il, avant d’ajouter que cette période a marqué une rupture douloureuse dans l’élan révolutionnaire engagé par le capitaine Thomas Sankara. Les pionniers étaient devenus comme des orphelins : Mauvais souvenir !
Au-delà du témoignage historique, Nestor YAMEOGO établit un parallèle entre la Révolution d’août 1983 et la Révolution progressiste populaire proclamée le 1er avril 2025 par le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.
Il indique qu’anciens pionniers, SOFA, CDR et plusieurs anciens responsables administratifs se sont réunis les 15,16 et 17 mai 2026 à Ouagadougou sous l’égide du Comité international Mémorial Thomas SANKARA ( CIMTS) afin de réfléchir sur les acquis de la révolution sankariste de manière à les capitaliser au profit de la dynamique actuelle.
Pour lui, ces différentes révolutions poursuivent le même idéal : la souveraineté du Burkina Faso, la libération du peuple et l’amélioration des conditions de vie des populations.
« Nous invitons les jeunes, les femmes, les hommes et les anciens à s’engager dans cette dynamique révolutionnaire progressiste pour un Burkina Faso plus souverain et prospère », lance-t-il.
Au cours de cette rencontre, des participants venus de plusieurs pays engagés dans une lutte révolutionnaire ,panafricaniste et souverainiste, notamment la Chine, Cuba, le Venezuela, l’Inde et l’Iran, l’Afrique du Sud ,le Ghana,la RDC,le Mali et le Niger ont également pris part aux échanges afin de partager leurs expériences et defits à la jeunesse de l’AES et de l’Afrique.
À travers ce témoignage empreint de nostalgie, Nestor YAMEOGO dit “Legrand” replonge les Burkinabè dans une page importante de l’histoire nationale, entre espoir, engagement populaire et mémoire collective.Il a conclut en invitant les jeunes à s’engager résolument dans la révolution progressiste populaire pour la lutte contre l’impérialisme et pour l’amorce d’un développement humain durable. Pionnier ! Oser,lutter, savoir vaincre,vivre en révolutionnaire, mourir en révolutionnaire,les armes à la main ! La patrie ou la mort , Nous vaincrons !
Par Issaka DIALLO de la rédaction de cercleinfo.net
